La nouvelle orthographe : une vraie fausse bonne idée ?

L’orthographe est un sujet sensible en France. Il y a ceux qui se flattent de la maitriser et qui voient en elle un moyen de sélection naturelle auquel il est impensable de renoncer puisqu’il assoit leur domination ; il y a ceux qui ont sué sang et eau pour la conquérir et qui ne voient pas pourquoi cet effort serait épargné aux autres ; il y a ceux qui ne la maitrisent pas forcément très bien, mais qui donnent le change en clamant l’importance qu’elle revêt à leurs yeux… et sans doute beaucoup d’autres.

On se souvient de la polémique de mai 2017 lorsque la Ministre N. Vallaud-Belkacem a confirmé l’obligation pour l’école et le collège d’enseigner les rectifications orthographiques de 1990. Nombre de réactions sur les réseaux sociaux et dans la presse, qui ont dénoncé avec force imprécations une révolution improvisée, aussi inepte qu’inopportune, ont révélé une méconnaissance profonde du problème dans le grand public. Qu’en est-il donc ?

1. Historique de ces rectifications

De révolution, il n’y a pas. Il ne s’agit pas même d’une réforme de l’orthographe, mais de simples rectifications, qui entrent dans le cadre normal de l’évolution d’un langue. C’est ainsi que l’Académie française, fondée en 1635 par Richelieu, avait déjà procédé à plusieurs ajustements, en 1740, en 1835, 1878 et 1935.

D’improvisation, il n’y a pas davantage. Le Conseil supérieur de la Langue française, institué en octobre 1989 par M. Rocard Premier ministre, a travaillé durant plusieurs mois sous la présidence de Maurice Druon, secrétaire perpétuel de l’Académie et peu suspect de légèreté linguistique, pour « proposer des retouches et aménagements, correspondant à l’évolution de l’usage, et permettant un apprentissage plus aisé et plus sûr » (JO du 6/12/90, p. 3). L’objectif étant « rectifier les incohérences anciennes, faciliter la maitrise orthographique des mots à créer, faciliter l’enseignement de l’orthographe, affermir la place de la langue dans le monde » (Ibid., p. 4).

Les propositions ont été approuvées par l’Académie française à l’unanimité en mai 1990, avec la double conscience que d’une part ces propositions seraient jugées trop ambitieuses par les uns et trop timides par les autres, et d’autre part qu’un nouvel ajustement serait probablement nécessaire à l’horizon 2020, soit 30 ans plus tard.

2. Ampleur et pertinence des rectifications

Les rectifications sont mesurées. Elles apportent de la cohérence là où il en manquait, mais sans apporter de modification aux fondements. Par exemple, les règles d’accord du participe passé n’ont pas été modifiées.

Les rectifications apportent de la clarté, en éliminant les principales difficultés qui étaient sans justification, en normalisant la plupart des anomalies. Par exemple, l’accent circonflexe est supprimé seulement là où il est inutile, mais maintenu quand il permet de distinguer des homophones : la précision des règles est donc plus grande puisqu’on élimine une part d’arbitraire (ce qui est le contraire de la règle).

Au final, les rectifications portent sur les accents et les trémas, pour introduire plus de régularité dans leur emploi, sur les pluriels des mots composés et des mots empruntés pour là encore harmoniser les règles, sur la cohérence à l’intérieur d’une famille de mot, toujours pour supprimer les complications inutiles.

Il faut préciser que l’orthographe rectifiée devient l’orthographe officielle en 1990, mais que les anciennes formes restent admises, « car il ne peut être évidemment demandé aux générations antérieures de désapprendre ce qu’elles ont appris » (Ibid., p. 3). Le Premier ministre demande au ministre de l’Éducation de prendre toute les dispositions pour que cette orthographe soit désormais enseignée, sans considérer les anciennes formes comme fautives.

L’orthographe est faite pour l’homme et non l’homme pour l’orthographe. Remettre plus de régularité là où les exceptions rendaient la maitrise difficile non seulement aux jeunes élèves mais même aux écrivains confirmés paraît donc une œuvre pertinente, même s’il faudra probablement attendre quelques années pour qu’elle entre dans les habitudes.

3. Mise en œuvre des rectifications

Le procès fait à N. Vallaud-Belkacem d’avoir introduit cette nouvelle orthographe est, on le voit, de mauvaise foi. Les rectifications ont été proposées et approuvées en 1990, alors qu’elle n’avait que 13 ans. La demande faite au ministre de l’Éducation de rendre effectif son enseignement date de 1990 (Ibid., p. 6) ; en fait, les programmes officiels la prendront en compte en 2008 pour le primaire (X. Darcos était ministre de l’Éducation), et donc en 2016 pour le collège en précisant « l’enseignement de l’orthographe a pour référence les rectifications orthographiques publiées par le Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990. »

Certes, il y a aujourd’hui des problèmes plus urgents à régler, notamment dans l’éducation. Mais le mouvement amorcé en 1990 mérite à mon sens d’être poursuivi, même s’il n’est pas prioritaire. Le réticences, pour ne pas dire les résistances à ces rectifications de bon sens (J’ai entendu une directrice d’école interdire à un enseignant d’enseigner cette orthographe…) ne sont guère compréhensibles, si on songe qu’elles ont été préparées non par des apprentis sorciers, mais par l’Académie française elle-même. En l’occurence, c’est être plus royaliste que le roi.

4. Améliorer la maitrise de l’orthographe

Ces rectifications sont donc un élément positif, de mon point de vue, pour améliorer la maitrise de l’orthographe qui décline sérieusement en France. D’après une étude du ministère de l’Éducation, une même dictée de 67 mots et 16 signes de ponctuation (donc 83 difficultés à résoudre) a été proposée à plusieurs milliers d’élèves représentatifs à trois reprises à près de trente ans d’intervalle. Le nombre moyen d’erreurs était de 10,6 en 1987 (12 % d’erreurs), de 14,3 en 2007 et de 17,8 en 2015 (21 % d’erreurs). 70 % d’erreurs en plus en à peine trente ans.

Ces résultats font les beaux jours du Certificat Voltaire (au passage, pourquoi la validité de ce certificat est-elle de seulement 4 ans ? Est-ce qu’on perd son orthographe en 4 ans ? Il doit y avoir d’autres raisons qui m’échappent…) mais il y a un souci.

Il me semble urgent de redonner sa place (seulement sa place, mais toute sa place) à l’orthographe à l’école, en s’appuyant sur les rectifications de 1990, avec une approche didactique renouvelée. C’est un des objectifs de PARABOLE-EDUCATION.

Sources : Journal Officiel du 6 décembre 1990, Programmes scolaires de 2008 et 2016.

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *